Remédiance après la catastrophe : enquête anthropologique sur la reconfiguration des milieux à Minamisōma, Fukushima
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Université d'Ottawa | University of Ottawa
Résumé
Cette thèse propose une enquête anthropologique sur les transformations du milieu à Minami-Sōma, dans la préfecture de Fukushima, plus d’une décennie après la triple catastrophe du 11 mars 2011 (séisme, tsunami et accident nucléaire). Plutôt que de concevoir la catastrophe comme un événement ponctuel suivi d’une reconstruction linéaire, elle l’aborde comme une rupture ontologique durable, affectant simultanément les dimensions sociales, économiques, symboliques et environnementales de l’existence.
S’appuyant sur une année de terrain ethnographique réparti entre 2023 et 2024, cette recherche suit principalement des prêtres shintō et leurs communautés. À travers l’observation participante, des entretiens semi-dirigés et une immersion dans les matsuri locaux – notamment le Sōma Nomaoi et le Hibuse Matsuri – j’analyse la manière dont les habitants recomposent leur rapport au milieu dans un contexte marqué par la contamination radioactive, le déclin démographique et la transformation des réseaux communautaires.
Au cœur de la thèse se trouve le concept de remédiance, développé à partir de la notion de fûdosei (Watsuji Tetsurō) et des travaux d’Augustin Berque sur le milieu. Le milieu y est défini comme une co-constitution dynamique entre humains et environnement. La catastrophe apparaît alors comme une rupture de la médiance, un moment de désarticulation des relations constitutives de l’habiter. La remédiance désigne le processus par lequel les communautés tentent de recréer des formes d’habitabilité à travers la recomposition des liens sociaux, des conditions matérielles et des cadres symboliques. Sur le plan théorique, la thèse contribue aux débats contemporains en anthropologie de l’environnement et des catastrophes en proposant une approche ontologique du milieu, articulant héritage herméneutique, théorie des champs et critique du dualisme moderne.
L’analyse montre que les rituels shintō, les festivals saisonniers, les pratiques agricoles et les initiatives communautaires ne constituent pas de simples survivances culturelles, mais des opérateurs actifs de remédiance. Ils permettent d’inscrire la catastrophe dans une temporalité plus longue, sans en effacer les fractures. Ce que l'on trouvera ici n'est donc pas le récit d'une reconstruction achevée, mais celui, bien plus troublant, d'un milieu qui continue de se faire – et des femmes et des hommes qui, chaque jour, le font avec lui.
Description
Mots-clés
Médiance, Fukushima, Post-catastrophe, Shintō, Matsuri, Minami-Sōma, Anthropologie

